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Internet finira par vous baiser

Ou du danger des paiements en ligne et de la différence entre les banques réelles et celles de la pubIl ne s’agit pas ici d’accuser Ipernity : je n’ai pas de preuves, mais voici les faits.

Le 22 juillet, passionné de photo et mécontent des changements de Fickr, je résilie mon compte payant, et Flickr me rembourse très honnêtement le prorata non couru. Comme j’avais depuis plus de cinq ans un compte gratuit à Ipernity, j’ai voulu m’y abonner en payant par carte bancaire. La transaction a échoué. Pas de page Web annonçant sa conclusion, pas de mail d’Ipernity.

J’ai rendu compte de l’incident à l’équipe, qui m’a plutôt rassuré, mais qui sous-estimait peut-être mes connaissances en informatique : quand j’ai dit que la réaction de la page après validation était anormale, c’est sur la base d’une expérience que j’ai accumulée depuis les années 80.

Comme j’aime bien Ipernity, et bien que l’autre affaire m’eût échaudé, j’ai tenté le 24 juillet un paiement par Paypal, où j’ai dû saisir encore les données de ma carte bancaire. Là encore, le processus n’a pas fonctionné et j’ai eu un message m’invitant à recommencer !

Je m’en suis bien gardé, mais comme le débit figurait chez Paypal, j’ai pu profiter cette fois d’un abonnement « Club ».

Je précise que je suis toujours parti de liens figurant sur ma page Ipernity enregistrée dans mes favoris. Je n’ai donc pas été victime d’une adresse contrefaite, mais, à moins que la fraude ait eu lieu ailleurs (1), d’un détournement logiciel effectué par des pirates pour intercepter les données de carte bancaire. (2)
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Mais à partir du 26 juillet, des débits ont été faits sur ma carte bancaire à débit différé (au 31 août), et je ne m’en suis aperçu que par hasard le premier août, à la suite d’un paiement qui nécessitait ma confirmation.

J’ai découvert que 1.738,21 euros avaient déjà été imputés indûment au débit de ma carte. Hôtels de luxe, achats par correspondance, IDTGV, etc. J’ai téléphoné à la banque aussitôt et écrit une lettre pour faire opposition. La banque est tenue de rembourser.

Las ! Le lendemain 2 août, alors que ma carte était annulée et inutilisable pour moi, deux débits immédiats pour 139,80 euros apparaissent sur mon compte (IDTGV encore). Je fais à la banque le foin qu’on imagine, mais on m’explique que les paiements ayant été effectués avant l’opposition, ils sont prélevés immédiatement parce qu’on sait que la carte n’est plus valide ! (3)

Ce matin, je constate un nouveau débit de 893,33 euros. Billets d’avion, IDTGV (encore trois), site de covoiturage (Blablacar).

Ajouté le 6 août : Ce matin, nouveau prélèvement de 899,57 euros fait cette nuit par la banque alors que ma carte est en opposition depuis cinq jours :

05/08/2013 05/08/2013 PAIEMENT CB 2907 TRAPPES
HERTZ FRANCE CARTE XXXXXXXX – 899,57 EUR

La banque ne trouve pas mieux que de se servir de mon compte (désormais débiteur) pour éviter d’avancer de l’argent ! Quand cela s’arrêtera-t-il ?

Le montant des prélèvements indus s’élève ainsi à 3670,91 euros au 6 août 2013.

Le directeur de l’agence (CIC, vous savez, la banque d’en face), me dit que l’affaire suit son cours, que c’est normal, et je me rends compte qu’il attend pour me rembourser que l’enquête aboutisse, que l’assurance ait payé. Ces débits sont normaux, c’est « la procédure ». Autrement dit, c’est moi qui paye en attendant l’assurance, et au mois d’août, avec le week-end qui commence, ça va continuer.

Pour arrêter l’hémorragie, je n’ai trouvé que la solution de virer presque tout le solde de mon compte courant à une autre banque (4). J’aurais dû le faire avant, j’aurais sauvé 900 euros de plus. Frais bancaires pour le virement : 3,70 euros. Et je n’ai plus de carte bancaire pour une période qui reste à déterminer, et sur le compte moins de 200 euros, qui seront sans doute volés la nuit prochaine. Croyez-vous que le CIC me demandera des agios en cas de découvert ? Je vous tiens informés. Imaginez-vous à ma place, découvrant tous les matins les dépenses faites par les voleurs et réglées complaisamment par votre banque avec votre carte théoriquement annulée.

Et quand ma retraite sera créditée, il faudra que j’aille prestement récupérer les billets comme un petit vieux, avant qu’on n’achète une croisière avec.

CIC : parce que le monde bouge. Mouais. Eux, ils se bougent moyennement. Pour le moment, je n’ai plus de carte bancaire (jusqu’à une date non précisée), mon compte est débiteur et je ne peux plus faire de chèques, et je vois passer toutes les nuits des débits d’environ 900 euros ! Je n’ai reçu aucun écrit faisant état de ma dénonciation des paiements, ni rien qui me rassure sur une prise en charge du dossier. Je suis comme un homme qui découvrirait sa maison cambriolée tous les jours et à qui on dirait que l’affaire suit son cours.

La loi 2001-1062 vous protège contre les détournements des données de votre carte bancaire, mais je voulais que vous sachiez, pendant que je le vis, qu’avec le CIC, c’est un cauchemar – et probablement avec les autres banques aussi. Mais pour le CIC, je sais.

Je n’ai pas de preuves contre le système de paiement d’Ipernity, mais je puis dire qu’il a dysfonctionné par deux fois. 100 % d’échec dans mon cas, c’est plus que de la malchance.

J’ai résilié mon compte Ebay, Paypal ne peut plus marcher (carte bloquée) mais je vais le résilier aussi. Je vais continuer de résilier la plupart de mes comptes en ligne.

Vous êtes passé au travers jusqu’à présent ? Internet finira par vous baiser : même si on vous rembourse l’argent volé, ce que j’espère, les emmerdes restent pour vous.

J’en suis sûr, je n’oserai jamais plus remplir un formulaire de carte bancaire. Voilà un problème plus durable que mes bagarres avec les mollassons du CIC. Un bouleversement de ma vie au fond de la province, si je ne peux plus acheter facilement sur Internet : il n’y a plus rien ici, sauf à boire et à manger ! Même les Fnac et les Darty fermeront bientôt.

C’est une morne fin de vie qui m’attend. On m’avait appris, à l’école primaire des années 60, que mon argent était en sécurité à la banque. Ce n’est plus vrai. Ils s’en servent pour boursicoter par leurs traders, et ils laissent pirater vos comptes.
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(1) Pas d’un phishing en tout cas, je suis presque un spécialiste de ce sujet. J’ai fait toutefois un bon nombre de commandes sur le Web au cours des douze derniers mois, auprès de fournisseurs avec qui je n’avais jamais eu d’ennuis : il suffirait qu’ils aient engagé un employé indélicat et qu’il ait attendu le moment des vacances pour vendre son butin un meilleur prix.

La banque elle-même peut avoir un employé indélicat. Cette dernière piste n’est pas vaine, car seule la banque pouvait savoir que mon compte est toujours correctement approvisionné, surtout hélas depuis la mort de mon père en janvier et que le montant d’une part d’héritage m’avait en outre été crédité le 31 juillet. Cette hypothèse est plus effrayante encore : c’est le système de la carte bancaire qui offre aux escrocs une possibilité d’accès à vos comptes.

Je connais bien une famille, au CIC aussi, qui s’est fait dérober ses données de carte bancaire (codes et piste magnétique copiés) lors d’un examen médical pendant lequel un employé de l’hôpital a effectué une copie de la carte. Plus de 3000 euros ont été dilapidés en Italie avec une fausse carte. Des agios ont été facturés pour le découvert et les ennuis de ces personnes qui ont des revenus modestes ont duré de longs mois. Le danger n’est pas seulement sur Internet : il tient au laxisme du système bancaire et au mépris de l’intérêt du client.

(2) Je précise également que j’ai effectué aussitôt une vérification complète du système Windows avec lequel j’ai fait mon paiement : pas un seul mouchard selon Spybot, pas un virus selon Avast, aucun processus suspect au lancement, pas de services suspects ni de rootkit ; j’ai trouvé manuellement des traces d’une ancienne installation de Java 6 réputée vulnérable aux attaques, mais sans les exécutables, sans doute suite à une mauvaise désinstallation (mon Java était la dernière version).

(3) Lisez Kafka, c’est tout à fait la logique qui règne dans Le Procès ou le Château : dès le début du XXème siècle, il avait déjà vu ce qui venait. « La procédure », on la subit, en tremblant de perdre sa place dans « le système ».
Une interprétation anticapitaliste est aussi possible et non contradictoire : le marchand a plus de droits que le « consommateur ». Sauf pendant les vingt minutes de publicité qui coupent les films à la télé : regardez-les, c’est là qu’on voit la fiction la plus pure.

[4) Sur un compte d’épargne sans chéquier et au prix de probables ennuis supplémentaires, comme l’impossibilité de faire des chèques et de retirer de l’argent avec la carte bancaire de ma femme. Mais mon idée est celle-ci : la banque se servait sur mon compte pour honorer son obligation de paiement des dépenses de cartes bancaires et faisait ainsi des économies. À présent elle avance de l’argent et cela devrait la motiver davantage.